Le beau et le moins beau d’un week-end mémorable

Voulez-vous une preuve que le football québécois est en santé ? Le dernier week-end a eu tous les arguments pour vous en convaincre. Si le football automnal est terminé pour les collégiaux, il en va autrement pour le Rouge et Or de l’Université Laval, dont le périple pour reconquérir le trône canadien ne fait que débuter.

Par Arnaud Koenig-Soutière

Mieux vaut tard que jamais : revenons brièvement sur les finales enlevantes auxquelles nous avons eu droit.

Chez les juvéniles, les Maraudeurs du Collège Laval et le Blizzard du Séminaire St-François ont tous deux bouclé leur saison régulière parfaite avec un bol doré entre les mains.

Dans la finale juvénile division 1b, le quart du Collège Laval Jonathan Sénécal n’a pas connu un match à la hauteur de son talent, lançant notamment trois interceptions. Cela n’a pas empêché les siens de battre aisément les Scorpions d’Armand-Corbeil par la marque de 26-9. De l’autre côté, on vous disait de surveiller le porteur Danté Tortoricci. Eh bien, il a de loin été le meilleur de son clan en attaque, courant 28 fois pour des gains de 158 verges.

Dans la première division, le rouleau compresseur du SSF n’a pas laissé de chance aux Loups de Curé-Antoine-Labelle, remportant un premier Bol d’or depuis 2012 en vertu d’une victoire de 51-23. Le héros du match a été celui que tout le monde attendait : Kalenda Muganda. Le prodige de 4e secondaire, déjà deux fois joueurs le plus utile en division 1, a couru à 33 reprises pour 259 verges et 4 majeurs.

De nouveaux visages

Au niveau collégial, trois formations tentaient de mettre fin à de longues attentes. En division 3, les Gaillards de Jonquière ont décroché leur premier titre en 10 ans. En division 2, les Nordiques de Lionel-Groulx ont goûté pour la première fois de leur histoire à un titre. Du côté de la division 1, le Notre-Dame du CNDF a remporté son premier Bol d’or depuis qu’il a gradué dans le meilleur circuit collégial au Québec. Le dernier titre du CNDF ne datait pas d’il y a si longtemps (2011), mais s’imposer dans une division supérieure est toute une entreprise et peut parfois avoir des impressions de traversée du désert.

Prenons le soin de souligner quelques performances éclatantes. Le receveur des Cavaliers de Champlain-St-Lambert Jeremy Murphy a aidé son quart Conor Sinclair à connaître lui aussi une grosse soirée malgré le revers. Murphy a capté neuf ballons pour 197 verges, atteignant une fois la zone des buts.

En division 2, on vous a parlé quelques fois de l’incroyable saison du quart de Lionel-Groulx Charles Aubry. Il n’a pas dérougi lors du moment le plus important de la saison. Aubry a complété 29 de ses 44 relais, dont quatre touchés, pour 502 verges. Son receveur Jason Roy a été le destinataire de presque la moitié de ces gains avec neuf réceptions pour 237 verges et trois majeurs.

Le Bol d’or de la division 1 avait une saveur bien spéciale. Le CNDF, en décrochant le titre, est devenu seulement la 8e équipe de l’histoire à être champions de la meilleure ligue collégiale au Québec, soit depuis 1978. La troupe de Marc-André Dion a prôné le jeu au sol et ça a payé. Luca Perrier (20 courses, 150 verges) et Gloire Muganda (25 courses, 146 verges, deux touchés) ont mené la charge, en plus, bien sûr, du receveur étoile Vincent Forbes-Mombleau et ses six attrapés, dont un dans la zone des buts, pour 152 verges.

Parlant du Bol d’or de la division 1, le RSEQ a de sérieuses questions à se poser s’il désire maximiser la valorisation des étudiants-athlètes québécois. Après deux demi-finales universitaires qui se jouent simultanément, un conflit d’horaire entre la coupe Dunsmore et la finale de la première division collégiale a empêché les partisans de profiter des deux rencontres les plus relevées du week-end sur la scène du football québécois. C’mon man, on peut faire mieux.

Fidèles au poste

Nous sommes la veille de la demi-finale canadienne entre Laval et Laurier, mais je prends le temps de faire un bref retour sur la coupe Dunsmore.

Rarement, dans le monde du sport, a-t-on droit à une rivalité aussi saine, aussi enlevante que celle entre le Rouge et Or de l’Université Laval et les Carabins de l’Université de Montréal. Comme à leur habitude, les deux formations se sont livrées un duel épique, suivi aux quatre coins du Québec. On se serait pratiquement cru lors d’un match de séries du Canadien. Ou presque!

 

Ce que je retiens de la rencontre ? Trois mots : Jonathan, Breton et Robert, tout comme l’ensemble des amateurs rivés à leur écran samedi dernier. Le receveur de première année a capté 10 ballons pour 161 verges et un touché. Ce n’est pas tant les statistiques qui retiennent l’attention ici, mais la manière dont Breton-Robert les a récoltés : par des attrapés contestés spectaculaires, dans des moments critiques. Justin Éthier devait être fier de son poulain.

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L’incroyable jeu truqué réalisé en fin de match par les Lavallois a prouvé plusieurs choses, et l’une d’entre elles est certainement toute la confiance qu’entretient Éthier envers son jeune receveur. De l’impliquer concrètement dans un jeu aussi important, dans un moment aussi crucial, est un énorme acte de foi. Le jeune a répondu à l’appel.

15068939_10154235394229353_4921267623946591252_oRoches et galets   

Le quart Hugo Richard s’est bien repris après un début de match cauchemardesque. Le pivot de troisième année a commis trois revirements lors des trois premières séquences à l’attaque. Prémisse important aux lignes qui suivent : Richard a mené les siens à la victoire en complétant 28 de ses 44 passes, récoltant 392 verges de gain aérien et un touché, en plus de courir sept fois pour 49 verges supplémentaires, un sommet chez les siens.

N’eut-été d’une résilience digne de mention, l’ancien des Cheetahs de Vanier et des Cactus du Collège Notre-Dame vivrait présentement sa semaine noire. Le nervosité d’Hugo Richard lors des moments cruciaux a toutefois bien failli lui jouer un vilain tour.

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Crédit photo: Dominique Bernier

Les deux premières séquences à l’attaque se sont terminées par des interceptions. À chaque reprise, le quart a tenté d’en donner juste un peu trop. Le premier larcin, œuvre du secondeur Jean-Philippe Lévesque, aurait pu être évité. La lecture de Richard n’aurait pas été mauvaise si ce n’était du secondeur Frédéric Chagnon, resté en situation d’homme à homme avec lui, patientant au cœur du front défensif. Le look de pression des Carabins conjugué à une couverture 2 homme à homme lui faisait miroiter une confrontation avantageuse sur le tracé en crochet à l’intérieur. Il a précipité sa passe, ne prenant par en compte la présence de Chagnon, alors qu’il aurait dû progresser dans sa lecture ou attendre que son receveur ait passé la trajectoire de passe fermée par Chagnon.

Sur le deuxième revirement, ne trouvant pas d’option de passe, le quart du Rouge et Or a roulé à sa droite, lançant une passe à contrecourant alors qu’il s’approchait des lignes de côté. Passe imprécise qui aboutira entre les grandes mains de Chagnon, encore lui. Dans chaque situation, Richard semblait réagir promptement dans le but d’en faire trop. Le sang-froid du quart étoile sera au coeur des succès de Laval durant son parcours éliminatoire sur la scène canadienne.

À sa défense, cependant, le troisième revirement était visiblement la faute du porteur, qui n’avait visiblement pas compris quel était le jeu appelé. Lançant une passe-écran du côté large, à gauche, le bras de Richard est entré en contact avec son porteur qui semblait se diriger pour feindre une course. Un petit « my bad » s’est probablement fait entendre au retour sur le banc !

Les quarts ont bien souvent le dos large. Néanmoins, le pivot lavallois devra apprendre à mieux gérer la pression lors des matchs importants. L’expérience du week-end dernier l’aidera assurément en demi-finale canadienne face aux Golden Hawks de l’Université Wilfrid-Laurier.

 

Notes de match :

  • Toute une résilience des deux unités défensives. D’ailleurs, on parle beaucoup de Justin Éthier et de son unité. Cependant, n’eut-été de la tenue impeccable de celle dirigée par Marc Fortier, jamais l’attaque lavalloise n’aurait pu retoucher au ballon. « L’attaque gagne des matchs, la défense gagne les championnats », a dit le légendaire entraîneur Bear Bryant.

 

  • Ce fut une journée où les deux meilleurs botteurs au Québec ont été méconnaissables. Dominic Lévesque a terminé le match en n’ayant réalisé qu’un placement sur six. Reste que le talent finit toujours par reprendre le dessus.

 

  • Si j’étais Glen Constantin, je serais bien inquiet que mon quart-arrière, sur l’avant-dernier jeu de la 1re demie, décide de courir et termine sa course en plongeant tête première. My two cents.

 

  • Qu’est-ce que Maman Auclair donnait à manger à ses enfants ? On veut un livre de recettes.

 

  • Un autre coordonnateur qui mérite des applaudissements est Mathieu Bertrand, qui pilote les unités spéciales du Rouge et Or. Tout est à point, tant sur les retours que les unités de couverture. Un coup de circuit contre Laurier est fort envisageable. Vous l’aurez lu ici !

 

Crédits photos: Dominique Bernier et Dorothée Harvey

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